L'Annonce Était Nationale. Le Pilote Tient dans un Bâtiment

Le 8 avril 2026, la DINUM, la Direction interministérielle du numérique française, a annoncé qu'elle migrerait ses propres postes de Windows vers Linux et a ordonné à chaque ministère, agence et opérateur public affilié de produire, avant l'automne 2026, une feuille de route formelle pour réduire la dépendance aux fournisseurs non européens. La directive est délibérément large : elle couvre non seulement les systèmes d'exploitation de bureau, mais aussi les outils collaboratifs, les logiciels antivirus, les plateformes d'intelligence artificielle et les bases de données, la virtualisation et les équipements réseau sous-jacents. Des responsables et plusieurs médias suivant le plan ont cité une portée allant jusqu'à 2,5 millions d'appareils gouvernementaux une fois la feuille de route de chaque ministère exécutée.

La DINUM a choisi de ne demander à aucun ministère de bouger en premier. Elle a commencé par elle-même : une agence d'environ 250 personnes dont tout le travail est la stratégie numérique de l'État français. Ce choix compte pour comprendre les chiffres apparus depuis.

Deux Systèmes Linux, 70 Machines, Quatre Mois Plus Tard

La presse spécialisée qui suit le déploiement interne de la DINUM décrit deux distributions Linux personnalisées créées spécifiquement pour cette transition. Sécurix repose sur NixOS, le système de configuration immuable et déclaratif, et est durci pour répondre aux exigences de l'ANSSI, l'agence nationale française de cybersécurité ; il vise les postes d'administration et sensibles à la sécurité. Bureautix fait tourner un bureau KDE Plasma délibérément conçu pour ressembler à Windows, destiné au personnel de bureau ordinaire qui a besoin du minimum de perturbation. Selon les informations examinées pour cet article, la base prête pour la production s'établit à 40 postes Sécurix et 30 postes Bureautix au sein du bâtiment même de la DINUM, soit 70 machines au total.

Soixante-dix machines, quatre mois après l'annonce d'avril, au sein du seul organisme public français créé spécifiquement pour mener des transitions numériques, avec des ingénieurs Linux et NixOS maison. Ce n'est pas une critique du travail technique : séparer les postes d'administration durcis des postes de bureau ordinaires est le bon choix, et construire deux distributions Linux distinctes depuis zéro plutôt que de réutiliser une image générique unique représente un travail réel et soigné. C'est une donnée sur le rythme.

Deux Vitesses Dans un Même Plan de Souveraineté

La migration du système d'exploitation n'est pas le seul chantier de souveraineté en cours en parallèle, et le contraste est instructif. LaSuite, l'alternative souveraine française aux outils collaboratifs de type Microsoft 365, compte déjà environ 600 000 agents publics utilisateurs, avec l'arrivée en avril 2026 seulement de la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM), 80 000 salariés, après des mouvements antérieurs de la Gendarmerie nationale et de la Direction générale des finances publiques. Remplacer une suite bureautique web par une autre suite bureautique web est un problème technique relativement contenu : changer la connexion, migrer les documents, rééduquer les habitudes. Remplacer le système d'exploitation sous chaque poste, la couche dont dépend tout le reste du logiciel, est un problème fondamentalement plus difficile, et les chiffres de la DINUM le montrent.

Emma Ghariani, responsable de la division open source de la DINUM, a présenté l'effort en termes humains plutôt que purement techniques, affirmant que "l'aspect humain doit rester au coeur" de la transition et que "les utilisateurs doivent être accompagnés", une description qui correspond à une démarche mesurée en dizaines de machines, pas en milliers.

Ce Que le Rythme Dit à Chaque Ministère sous Délai

Chaque ministère et opérateur public français a désormais jusqu'à l'automne 2026, une question de mois à partir d'aujourd'hui, pour déposer sa propre feuille de route de réduction des dépendances numériques non européennes. Aucun d'entre eux n'aura les ingénieurs spécialisés Linux et NixOS de la DINUM en interne, et peu auront le luxe de se tester eux-mêmes avant de déployer auprès d'un effectif plus large. Si l'organisme créé pour prouver que ce modèle fonctionne a mis quatre mois pour atteindre 70 postes prêts pour la production, l'hypothèse de planification réaliste pour un ministère partant d'une base interne bien plus mince n'est pas un basculement soudain de toute la flotte, mais un document de feuille de route suivi de son propre pilote pluriannuel.

Pour tout gouvernement ou agence publique de l'UE qui observe la France comme cas test pour sortir de Windows à grande échelle, la leçon transposable n'est pas l'objectif de 2,5 millions d'appareils, qui décrit une destination éventuelle, pas un état actuel. C'est le chiffre de 70, qui décrit combien de temps le travail technique réel prend, même au sein du seul organisme spécialisé dans cet exercice.