Un tour de 400 millions, une valorisation doublée

Lovable, la start-up stockholmoise qui permet de créer des applications logicielles en les décrivant en langage courant, a bouclé un tour de série C de 400 millions de dollars à une valorisation de 13,3 milliards de dollars. C'est plus du double des 6,6 milliards de dollars atteints après un tour de série B de 330 millions, huit mois plus tôt seulement, en décembre 2025. Menlo Ventures, qui avait aussi mené la série B, a codirigé ce tour aux côtés du Scaleup Europe Fund, un véhicule géré par EQT.

Parmi les nouveaux investisseurs du tour figurent Balderton Capital, Carmignac, Kaszek Ventures, LTS Growth, Tencent, World Innovation Lab et Regent. Les investisseurs historiques sont Accel, Antler, CapitalG, DST Global, Evantic Capital, HubSpot Ventures et Salesforce Ventures. Lovable affirme que ce nouveau capital l'aidera à atteindre environ 450 salariés et à agrandir ses bureaux de Londres, Boston, San Francisco et New York.

Le premier grand pari de Bruxelles

Le nom le plus intéressant de cette table de capitalisation est le Scaleup Europe Fund lui-même. C'est un véhicule d'environ cinq milliards d'euros soutenu par la Commission européenne et géré par EQT, conçu dans un but explicite : émettre des chèques assez importants pour qu'une entreprise européenne d'IA n'ait pas à se financer presque exclusivement depuis la Silicon Valley, ni à délocaliser son siège aux États-Unis, pour pouvoir grandir. Le tour de Lovable est considéré comme l'un des premiers grands investissements du fonds depuis son lancement.

Ce tour devient ainsi un véritable test de la politique industrielle européenne. Bruxelles a vu à plusieurs reprises ses entreprises d'IA et de logiciels les plus prometteuses se délocaliser ou se financer presque entièrement avec de l'argent américain une fois arrivées au stade de croissance. Un fonds libellé en euros et ancré dans l'UE qui codirige un tour de 400 millions pour une entreprise suédoise, à égalité aux côtés de Menlo Ventures plutôt qu'évincé par lui, constitue la preuve la plus nette à ce jour que le capital européen peut rivaliser pour les meilleurs investissements en IA du continent.

Un signal de pression pour le marché des outils de code

Pour les concurrents, les chiffres comptent autant que l'histoire. Une valorisation qui a plus que doublé en huit mois, associée à l'affirmation de Lovable selon laquelle environ les deux tiers des salariés du Fortune 500 utilisent déjà le produit, constitue un signal de pression direct contre GitHub Copilot, Cursor, Replit et Bolt.new, tous en concurrence pour les mêmes budgets de développement en entreprise. Un capital de cette ampleur achète une portée commerciale et une marge de calcul que des rivaux moins financés auront du mal à égaler rapidement.

Cette levée survient aussi en plein mois d'acquisitions pour Lovable, qui a récemment racheté une équipe rivale dans un accord visant davantage ses ingénieurs que son produit. Lovable indique que ce nouveau financement approfondira aussi la plateforme au-delà de la génération d'applications, vers des opérations automatisées, des paiements et une orchestration multi-agents, ce qui élargit nettement l'ensemble des outils auxquels elle se mesure, bien au-delà de la seule catégorie des assistants de code.

Ce que les acheteurs d'entreprise de l'UE et du Royaume-Uni doivent en retenir

Si votre organisation standardise ses outils de développement ou évalue un générateur d'applications avec IA, ce tour modifie le rapport de force sur ce marché autant qu'il modifie le bilan de Lovable. Un fournisseur bien financé et ancré dans l'UE peut faciliter des discussions sur la résidence des données et les achats qu'un concurrent domicilié uniquement aux États-Unis ne peut pas faciliter de la même façon, tandis qu'une valorisation de cette ampleur achète la vitesse de développement nécessaire pour continuer à combler les écarts fonctionnels avec les fournisseurs établis.

Rien de tout cela ne prend la décision de fournisseur à votre place, et l'expansion de Lovable vers les paiements et les opérations automatisées élargira ce que vos équipes de sécurité et de conformité devront examiner avant tout déploiement plus large. La démarche sensée maintenant est de revoir ce trimestre même les hypothèses de votre liste restreinte de fournisseurs, plutôt que d'attendre que le prochain cycle de renouvellement impose la question.