Un produit qui s'arrête à la frontière américaine

Le 23 juillet, un utilisateur ordinaire de ChatGPT aux États-Unis a pu pour la première fois placer un dossier hospitalier et un bracelet d'activité dans la même fenêtre de conversation. OpenAI a commencé à déployer Health auprès des utilisateurs connectés de 18 ans et plus, sur le web et iOS, sur les formules Free, Go, Plus et Pro. La fonction relie les dossiers médicaux électroniques et Apple Health, ainsi que des services comme Function, MyFitnessPal, Weight Watchers, AllTrails, Instacart et Peloton, et elle sait comparer des résultats d'analyses dans le temps, résumer ce qui a changé depuis une consultation et repérer des tendances entre sommeil et activité.

Pourquoi c'est important : les conditions de confidentialité sont inhabituellement explicites. Les conversations sont chiffrées en transit et au repos, les informations de santé reliées reçoivent un chiffrement supplémentaire, et OpenAI déclare que les dossiers reliés, les données d'Apple Health et les conversations qui les utilisent ne servent ni à entraîner ses modèles de base ni à cibler de la publicité, quel que soit le réglage d'entraînement choisi par l'utilisateur. Par défaut, l'assistant demande la permission avant de puiser dans un dossier relié pour personnaliser une réponse.

Rien de tout cela n'est le point intéressant. Le point intéressant est la carte. La fonction existe aux États-Unis et nulle part ailleurs, sans date européenne annoncée et sans calendrier Android. Une entreprise qui déploie dans cent pays à la fois a choisi ici une seule juridiction, et c'est une affirmation sur le droit et non sur la technique.

Deux systèmes qui protègent des choses différentes

Le texte américain qui régit la confidentialité en santé lie une liste définie d'acteurs : offreurs de soins, régimes d'assurance, chambres de compensation et les entreprises agissant pour leur compte. C'est une règle sur les dépositaires. Lorsqu'un patient exerce son droit d'obtenir copie de son propre dossier et déplace cette copie ailleurs, la copie sort du cercle des dépositaires régulés, et l'entreprise réceptrice est tenue par ce qu'elle a promis dans ses propres conditions et non par la loi. OpenAI n'est ni offreur de soins, ni assureur, ni prestataire de ces acteurs, et se situe donc hors de ce cercle par construction.

La position européenne est structurellement différente. Les données concernant la santé relèvent des catégories particulières au titre de l'article 9 du règlement général sur la protection des données, et l'interdiction de les traiter suit la donnée et non l'organisme qui la détient. Un sous-traitant à Dublin, une jeune pousse à Lisbonne et un hôpital à Munich partent de la même règle, et chacun a besoin d'une condition spécifique avant tout traitement. Dans le modèle américain, la protection est une propriété du détenteur. Dans le modèle européen, la protection est une propriété du dossier.

Oui, mais : la position européenne n'est pas automatiquement la meilleure pour la personne. Un patient de Rotterdam qui souhaite réellement rassembler ses propres données rencontre une friction qu'un utilisateur américain ignore, et la friction a son propre coût en soins et en confort. La question n'est pas de savoir quel régime est le plus aimable. Elle est qu'ils attribuent l'obligation à des parties différentes, et qu'un dirigeant doit savoir laquelle il est.

Ce qu'il faut trancher avant que vos équipes y touchent

Décidez maintenant si des informations de santé peuvent entrer dans un assistant que votre organisation licencie. Rapports de médecine du travail, relevés d'absence pour maladie, évaluations de reprise, correspondance avec les assureurs et exports d'applications de bien-être sont tous des données de santé au sens européen, et ils atteignent les outils bureautiques ordinaires bien plus souvent que la plupart des politiques ne l'admettent. Nommez les outils autorisés à les recevoir et ceux qui ne le sont pas, dans une langue qu'un responsable d'équipe peut appliquer sans appeler le service juridique.

Consignez une condition de l'article 9 et menez l'analyse d'impact avant le déploiement plutôt qu'après un incident. Le traitement à grande échelle de catégories particulières fait partie des cas où l'analyse est attendue, et l'écrire tôt est la version la moins coûteuse du travail. Elle produit en outre le document qu'une autorité de contrôle réclamera en premier, ce qui transforme une demande pesante en formalité administrative.

Tenez le consentement du salarié pour indisponible. Les autorités de protection des données de l'Union tiennent une ligne constante : un salarié ne peut pas refuser librement son employeur, si bien que le consentement est une base fragile pour toute question de santé au travail. Appuyez-vous sur une autre condition, documentez ce choix et faites fonctionner l'outil à l'intérieur de ce choix. Qui tranche cela avant qu'un produit atteigne l'Europe choisit ses conditions. Qui le tranche après accepte celles d'un autre.