Ce qu'ont rapporté Bloomberg et DataCenterDynamics

Nvidia mène des discussions préliminaires avec Rebellions, une startup sud-coréenne de puces IA, sur un accord possible qui pourrait inclure un investissement, un partenariat technique ou même un rachat, a rapporté Bloomberg le 21 août 2026 en citant des personnes au fait du dossier. Le PDG de Nvidia, Jensen Huang, a rencontré le cofondateur et PDG de Rebellions, Sunghyun Park, au siège de Nvidia à Santa Clara plus tôt dans la semaine, selon l'article, bien que les sources aient demandé à rester anonymes car les discussions ne sont pas publiques.

DataCenterDynamics a rapporté séparément que Nvidia et Rebellions discutent d'une collaboration possible, ce qui corrobore la forme générale des discussions même si aucune des deux entreprises n'a confirmé la structure d'un accord. Un porte-parole de Rebellions a refusé de commenter lorsque Bloomberg l'a interrogé, et Nvidia n'a pas non plus publié de déclaration; ce silence, combiné à des sources restées anonymes, est le signe le plus clair que les discussions en sont encore au stade exploratoire et loin d'une signature.

Qui est Rebellions et ce que l'entreprise a déjà levé

Rebellions a été fondée en 2020 à Séoul et conçoit des unités de traitement neuronal pensées spécifiquement pour l'inférence IA, la phase où un modèle déjà entraîné répond réellement à une requête, plutôt que pour l'entraînement, domaine dominé par les GPU de Nvidia. L'entreprise a levé environ 850 millions de dollars au total auprès d'investisseurs comme SK Hynix, Samsung Ventures et Arm Holdings, avec un tour de table de mars 2026 qui a ajouté 400 millions de dollars à une valorisation d'environ 2,3 milliards de dollars, et son PDG Sunghyun Park a déclaré à CNBC que Rebellions vise une introduction en bourse en Corée du Sud dès l'an prochain.

La puce phare de l'entreprise, le Rebel100, utilise le procédé 4 nanomètres de Samsung dans une architecture à quatre chiplets reliés par une interconnexion UCIe, associée à 144 gigaoctets de mémoire HBM3E. Rebellions a détaillé cette architecture à la conférence ISSCC 2026, affirmant qu'elle égale le H200 de Nvidia en débit brut avec une consommation plus faible et qu'elle dépasse l'ancien H100 de Nvidia d'environ 3,2 fois en efficacité d'inférence par watt, un chiffre du fabricant qui n'a pas été vérifié de façon indépendante.

IndicateurRebellions Rebel100Nvidia H200
Procédé et packagingSamsung 4nm, quatre chiplets, interconnexion UCIeTSMC 4nm, puce monolithique
Calcul FP8 maximalenviron 2 PFLOPSenviron 2 PFLOPS, parité revendiquée par le fabricant
Consommation maximale600 W700 W

Pourquoi un rival dans les puces d'inférence a du sens pour Nvidia

Les GPU de Nvidia dominent toujours le marché de l'entraînement des plus grands modèles d'IA, mais l'inférence, la tâche quotidienne consistant à faire répondre un modèle déjà entraîné à des requêtes réelles, est le segment où des rivaux économes en énergie comme Rebellions gagnent le plus de terrain, parce que les charges d'inférence favorisent des puces conçues étroitement pour cette seule tâche plutôt que des GPU généralistes. Le message de Rebellions, tel que l'a formulé le cofondateur Sunghyun Park, est que l'industrie de l'IA doit dépasser une logique tout-silicium et résoudre la friction entre matériel et logiciel, un message qui vise précisément l'espace qu'occupe aujourd'hui l'écosystème CUDA de Nvidia.

Un rapprochement avec Rebellions rapprocherait aussi Nvidia des deux fabricants coréens de mémoire, SK Hynix et Samsung, qui fournissent déjà la mémoire à large bande passante utilisée dans les propres puces de Nvidia, à un moment où ce n'est pas la conception des GPU mais la capacité de mémoire HBM qui constitue la vraie contrainte sur la quantité d'infrastructure IA que l'industrie peut réellement livrer. La présence d'Arm au capital de Rebellions ajoute une troisième relation croisée, puisque Arm concède sous licence l'architecture de processeur sur laquelle tourne déjà une grande partie des centres de données IA, ce qui fait de Rebellions une entreprise avec laquelle Nvidia est déjà en contact via sa propre chaîne d'approvisionnement, avant même la signature d'un accord.

La lecture de Servola: une couverture, pas un repli

Pour un opérateur français qui construit sa feuille de route IA autour des GPU d'un seul fournisseur, le vrai signal est que Nvidia elle-même juge la diversification des puces d'inférence assez importante pour l'explorer directement avec un concurrent (sa position de marché reste dominante, ce n'est pas un signe de faiblesse). La valorisation de 2,3 milliards de dollars de Rebellions équivaut à environ 2,1 milliards d'euros, un ordre de grandeur qu'un opérateur français peut utiliser comme repère réel en dimensionnant son prochain cluster de GPU et en évaluant un second fournisseur de silicium d'inférence. Les équipes d'achats qui dimensionnent des engagements GPU pluriannuels ont donc une raison concrète d'évaluer au moins une voie d'inférence indépendante de Nvidia, puisque l'entreprise qui donne le rythme du secteur applique la même couverture en interne.

L'angle coréen renforce encore cet argument: Rebellions s'appuie sur une chaîne d'approvisionnement, mémoire SK Hynix, fabrication Samsung, architecture Arm, largement à l'écart des différends sur les contrôles à l'exportation qui marquent le commerce de puces entre les États-Unis et la Chine, ce qui offre aux acheteurs européens une option de silicium d'inférence avec une exposition géopolitique différente d'une alternative proche de la Chine. L'écosystème et la pile logicielle de Rebellions restent aujourd'hui bien plus réduits que ceux de Nvidia, mais l'argument de la diversification pour l'inférence dispose désormais de la conduite même de Nvidia comme preuve à l'appui, et pas seulement du marketing des concurrents.