La France donne son feu vert après un examen conjoint ACPR-BCE
Le 10 août 2026, l'ACPR, l'autorité de contrôle bancaire rattachée à la Banque de France, a achevé son examen de la demande d'agrément bancaire français de Revolut, et le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne a formellement adopté la décision de l'accorder. La licence est accordée à une nouvelle entité juridique, Revolut Bank S.A., et non au groupe basé au Royaume-Uni dans son ensemble, et il s'agit d'un agrément bancaire complet, pas d'une mise à niveau d'un agrément de monnaie électronique ou d'établissement de paiement.
Le mécanisme mérite d'être précisé car il explique pourquoi cette date pèse plus qu'un communiqué ordinaire. Un régulateur national mène le travail de supervision, mais pour une banque de la taille de Revolut, la décision finale revient au Conseil des gouverneurs de la BCE, le même organe et la même procédure que pour les plus grandes banques de la zone euro. C'est une exigence nettement plus élevée que le régime de passeport européen sur lequel Revolut s'appuyait jusqu'ici en France, ce qui explique pourquoi plusieurs sources indépendantes ont convergé vers la même date et la même séquence réglementaire en quelques heures.
La licence lituanienne n'a jamais été conçue pour rester unique
Jusqu'à cette semaine, la seule licence bancaire complète de Revolut dans l'UE avait été accordée par la banque centrale lituanienne en décembre 2018, et Revolut Bank UAB a depuis servi de base de passeport pour l'activité bancaire du groupe dans l'ensemble de l'Espace économique européen. La France, avec environ 7 millions de clients Revolut, compte parmi les plus grands marchés du groupe dans l'UE, et pourtant chaque décision réglementaire concernant ces comptes français transitait formellement par Vilnius plutôt que par Paris.
C'est une dépendance structurelle plus qu'une critique de la supervision lituanienne, et c'est exactement ce que cette annonce change. Un seul régulateur national derrière une activité bancaire présente dans plusieurs pays constitue un point de concentration du risque, quel que soit le bilan de ce régulateur. Un deuxième agrément complet dans un deuxième état membre ne supprime pas la supervision de la BCE, qui reste au-dessus des deux entités, mais cela signifie que l'activité bancaire de Revolut dans l'UE ne dépend plus d'une seule autorité nationale et d'un seul système de garantie des dépôts pour l'ensemble de son empreinte.
Ce que la France débloque: crédit, prêt immobilier, épargne réglementée
L'agrément français permet à Revolut Bank S.A. de proposer directement des produits que le régime de passeport lituanien ne permettait pas, notamment le crédit à la consommation, le prêt immobilier et des produits d'épargne réglementée français comme le Livret A et le LDDS, défiscalisés. Les clients français basculeront également, par étapes, du système de garantie des dépôts lituanien vers le Fonds de garantie des dépôts et de résolution français, un dispositif national plutôt que transfrontalier.
Selon Revolut, la migration commence en France puis s'étend, dans l'ordre, à l'Allemagne, l'Irlande, l'Italie, le Portugal et l'Espagne, tandis que Revolut Bank UAB continue de servir le reste de l'Espace économique européen pendant cette transition. Revolut revendique près de 30 millions de clients en Europe de l'Ouest et plus de 75 millions dans le monde, des chiffres qui appartiennent à cette actualité sur la licence et non aux informations distinctes sur une éventuelle cession d'actions de Storonsky, un événement d'entreprise différent traité ailleurs.
Paris devient le siège pour l'Europe de l'Ouest
Revolut affirme avoir investi plus d'un milliard d'euros et créé plus de 600 emplois en Europe de l'Ouest au cours de l'année écoulée, et l'approbation française prépare un nouveau siège régional à Paris dont l'ouverture est prévue en 2027. Le calendrier s'inscrit dans une année réglementaire chargée pour le groupe, qui a également obtenu un agrément bancaire au Royaume-Uni en mars 2026 et lancé une entité bancaire agréée en Australie en juillet 2026.
Choisir Paris comme base pour l'Europe de l'Ouest, plutôt que Francfort ou Dublin, est en soi un signal sur l'endroit où Revolut prévoit de concentrer sa plus forte croissance réglementée dans les prochaines années. Cela signifie aussi que le groupe dispose désormais d'un véritable second siège à la table d'un régulateur majeur de la zone euro, pas seulement d'une seconde adresse.
La leçon sur la concentration fournisseur pour les entreprises de l'UE
Rien de tout cela n'est un conseil en investissement, et cela ne dit rien sur la valorisation de Revolut ni sur les rumeurs, distinctes, d'une cession d'actions de son fondateur. Ce que cela dit concerne plutôt le risque opérationnel pour toute entreprise qui bancarise auprès de Revolut, ou qui évalue une néobanque comme fournisseur bancaire. Un fournisseur dont l'ensemble du bilan dans l'UE répond à un seul régulateur national présente un risque de concentration de la même catégorie qu'une seule région cloud ou un seul prestataire de paiement, un risque qui n'apparaît dans une revue fournisseur que si quelqu'un pense à le demander.
Un deuxième agrément complet sous un deuxième régulateur et un deuxième système de garantie constitue une réduction réelle de cette concentration, comparable à une entreprise qui ajoute un second fournisseur cloud plutôt que de dépendre d'un seul. Pour une équipe finance ou trésorerie qui audite une relation avec une néobanque, demander 'quel régulateur, ou quels régulateurs, garantissent le bilan de ce fournisseur' est aujourd'hui une question aussi légitime que 'quelle région héberge l'infrastructure de ce fournisseur', et jusqu'au 10 août 2026, la réponse honnête pour l'activité de Revolut dans l'UE était un seul pays.
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