Un feu vert gouvernemental que la plupart des capitales de l'UE n'ont pas encore donné

Le gouvernement slovaque a approuvé mercredi 26 août 2026 un projet de loi interdisant les comptes de réseaux sociaux à toute personne de moins de 16 ans sur Facebook, Instagram, TikTok, X et Snapchat. Les applications de messagerie et le courrier électronique sont totalement exclus de l'interdiction. Le texte vient du ministère de l'Éducation, et le ministre Tomáš Drucker l'a présenté comme une protection plutôt qu'une interdiction, disant aux journalistes que la régulation de l'environnement en ligne ne devait pas être laissée aux seuls parents.

Ceux qui ont entre 16 et 18 ans et gardent leur compte ne s'en tirent pas non plus sans conditions. Le texte oblige les plateformes à activer automatiquement, pour cette tranche d'âge, un mode protégé : profils privés par défaut, partage de localisation désactivé, et limites plus strictes sur les ajouts à des groupes et les contacts d'inconnus. L'approbation du gouvernement de mercredi n'est que la première étape formelle. Le texte passe maintenant au parlement, où Drucker a dit s'attendre à un soutien à la fois de l'opposition et de sa propre coalition, avec une entrée en vigueur visée au 1er janvier 2027.

Le vérificateur ne sait que si ça passe ou non

La vérification d'âge du texte est conçue pour que l'entreprise qui confirme l'âge d'un utilisateur ne sache jamais quelle plateforme a fait la demande, et pour que la plateforme n'apprenne sur cet utilisateur rien de plus qu'un seul signal oui ou non. La proposition slovaque appelle cela un système en double aveugle : le fournisseur de vérification voit une demande d'âge sans destination identifiable, et le réseau social voit un résultat d'âge sans identité associée.

Le ministère recommande de construire ce mécanisme sur le portefeuille européen d'identité numérique plutôt que de développer une solution nationale propre, ce qui permettrait à la vérification slovaque de se brancher sur une infrastructure que chaque État membre de l'UE doit de toute façon déployer. Aucun autre gouvernement n'a fait approuver en conseil des ministres une loi qui relie une vérification d'âge pour mineurs à ce cadre de portefeuille numérique de façon aussi précise, et c'est cette précision au niveau du mécanisme qui rend l'approbation de mercredi inédite au sein de l'UE.

Trois pays, trois mécanismes différents

La Slovaquie n'est pas le seul pays à avancer sur un âge minimum pour les réseaux sociaux, mais elle est le seul, parmi les trois les plus avancés, à avoir inscrit un mécanisme de vérification précis dans un texte déjà approuvé par son gouvernement ou son parlement.

PaysSeuil d'âgeMécanisme de vérificationDate viséeStatut
SlovaquieMoins de 16 ansVérification en double aveugle : le vérificateur ne sait que réussite/échec, pas l'identité ni la plateforme ; basée sur le portefeuille européen d'identité numérique1er janvier 2027Approuvé par le gouvernement le 26 août 2026 ; passe au parlement
FranceMoins de 15 ansLa plateforme choisit parmi au moins deux méthodes approuvées par le régulateur français des données (CNIL)1er septembre 2026 nouveaux comptes ; 1er janvier 2027 comptes existantsApprouvé par les parlementaires, juillet 2026
AutricheMoins de 14 ansMéthodes "techniquement modernes" et respectueuses de la vie privée décrites seulement en principe ; aucun mécanisme arrêté entre les partis de la coalitionPas encore fixéeProjet de loi prévu, encore en négociation de coalition

En mettant les trois côte à côte, l'écart ne se situe pas dans le seuil d'âge, mais dans la précision du mécanisme. La France laisse le choix de la méthode de vérification à chaque plateforme, sous réserve de l'approbation de son régulateur des données ; l'Autriche n'a encore arrêté aucune méthode. La Slovaquie est la seule des trois à avoir inscrit la garantie de confidentialité elle-même, au-delà du simple résultat, dans un texte déjà approuvé par son gouvernement.

Pourquoi les fournisseurs devraient s'y mettre dès maintenant

Une loi approuvée par le gouvernement donne à une équipe technique quelque chose de concret pour construire : ce que le fournisseur de vérification peut et ne peut pas savoir, ce que la plateforme peut et ne peut pas savoir, et sur quelle infrastructure européenne existante le contrôle doit tourner. La coalition autrichienne n'a pour l'instant offert qu'une description de principe de méthodes 'techniquement modernes' et respectueuses de la vie privée, sans que ses trois partis au pouvoir se soient mis d'accord sur un mécanisme. La France laisse la méthode à chaque plateforme, sous réserve de l'aval de son régulateur des données. Le gouvernement slovaque a déjà couché une réponse concrète sur le papier.

Le parlement pourrait encore modifier le mécanisme avant le 1er janvier 2027, et la confiance de Drucker dans le soutien de l'opposition ne garantit pas l'adoption du texte. Mais toute plateforme ou tout fournisseur de vérification d'identité au service de mineurs de l'UE dispose désormais, pour la première fois, d'un texte de loi vivant décrivant un système en double aveugle précis sur lequel construire, plutôt qu'un principe général à attendre. Construire selon ce niveau d'exigence dès maintenant coûte moins cher que de le rattraper plus tard, une fois que d'autres capitales auront copié aussi bien le mécanisme slovaque que son seuil d'âge.