Une fusion entre une entreprise et elle-même
Le 9 septembre, Cegid et Silae ont annoncé leur intention de fusionner en un seul groupe européen de logiciels valorisé à plus de 10 milliards d'euros en valeur d'entreprise. Cegid vend des logiciels de comptabilité, de fiscalité et de gestion d'entreprise, ainsi que le service de banque numérique Shine qu'elle a racheté auparavant. Silae gère la paie et les ressources humaines pour environ 6 000 partenaires comptables et paie. Ensemble, le nouveau groupe affirme vouloir servir 2 millions de clients finaux, travailler avec plus de 15 000 cabinets d'experts-comptables, et traiter 13 millions de bulletins de paie par mois en Europe, dont 8 millions déjà produits par Silae seule pour près d'un million d'entreprises françaises.
Ce qui distingue cette fusion de la plupart des opérations de cette catégorie: Silver Lake possède Cegid depuis 2016 et contrôle déjà Silae. Le fonds n'achète pas un concurrent. Il combine deux entités qu'il possède déjà.
Pourquoi ce détail change l'examen
Le contrôle des concentrations de l'UE existe pour repérer les changements de contrôle susceptibles de concentrer le pouvoir de marché. Lorsque le même propriétaire contrôle déjà les deux entreprises avant et après une opération, il n'y a aucun changement de contrôle à examiner, et les autorités de concurrence de l'UE traitent généralement ce type de combinaison interne comme échappant au régime de notification des concentrations. L'annonce même de Cegid ne cite qu'une seule étape obligatoire avant que l'accord puisse être conclu au premier semestre 2027: la consultation des instances représentatives du personnel, aux côtés d'approbations réglementaires non précisées.
Une consultation des salariés est une garantie de droit social pour les personnes qui travaillent dans les deux entreprises. Ce n'est pas un examen de ce qu'il advient des données comptables, fiscales, de paie et bancaires des 2 millions d'entreprises qui vont se retrouver sur une plateforme combinée.
La portée en chiffres
Les deux entreprises se chevauchent peu dans ce qu'elles vendent, ce qui explique justement pourquoi les combiner pose une question différente de celle d'une fusion classique entre concurrents. C'est une question de concentration par fonction plutôt que par marché: un seul accès, un seul fournisseur, un seul incident déclaré, à la fois pour la comptabilité et pour la paie.
| Indicateur | Cegid | Silae |
|---|---|---|
| Ce qu'elle vend | Comptabilité, fiscalité, logiciels d'entreprise, banque numérique (Shine) | Paie et ressources humaines |
| Partenaires ou cabinets comptables | 15 000+ cabinets d'experts-comptables | 6 000+ partenaires |
| Bulletins de paie traités par mois | Partie des 13 millions combinés | 8 millions à elle seule |
| Entreprises touchées directement | Incluses dans les 2 millions de clients finaux combinés | Près d'un million en France seule |
Ce qu'un client existant devrait vraiment surveiller
Un expert-comptable qui utilise Cegid pour la comptabilité d'un client et Silae pour la paie de ce même client dépendra, une fois la fusion conclue, d'une seule entreprise pour les deux. Le nouveau directeur général de Cegid, Christian Pedersen, a présenté cela comme l'objectif même: une plateforme intégrée regroupant données comptables, de paiement, de paie et de ressources humaines. Pour un client, c'est aussi la définition d'un point de défaillance unique, d'une seule négociation de renouvellement, et d'une seule panne qui arrête à la fois la comptabilité et le versement des salaires le même après-midi.
Rien de tout cela n'est inhabituel dans une consolidation de fournisseurs. Ce qui l'est, c'est qu'un accord de cette ampleur, entre deux systèmes qui touchent déjà ensemble une part significative des finances des petites entreprises françaises et européennes, franchisse le test de propriété pour un examen complet de fusion avant même de commencer, simplement parce qu'une seule firme possédait déjà les deux côtés.
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