Ce que les associations d'éditeurs britanniques demandent à la CMA
La PPA, la Professional Publishers Association, rejointe par l'Independent Media Association et Movement for an Open Web, a formellement demandé à la Competition and Markets Authority britannique d'exclure les chatbots IA de l'écran de choix que Google devra afficher au titre de ses nouvelles obligations de conduite. Dans son mémoire adressé à la consultation de la CMA sur les obligations de conduite proposées pour Google, la PPA a expliqué qu'un écran conçu pour permettre aux utilisateurs d'Android et de Chrome de choisir un moteur de recherche par défaut ne devrait pas placer ChatGPT, Perplexity ou d'autres moteurs de réponse IA similaires au même niveau que Google, Bing et les autres moteurs de recherche traditionnels. Ces mémoires ont été rendus publics vers le 17 août 2026, alors que les associations professionnelles faisaient pression sur la CMA avant qu'elle ne fixe définitivement les obligations de conduite au titre du Digital Markets, Competition and Consumers Act, le DMCCA.
Cette consultation s'inscrit dans une procédure de longue haleine: la CMA a consacré une grande partie de l'année 2026 à déterminer quelles obligations de conduite imposer à la position dominante de Google dans la recherche, et l'écran de choix, une invite qui permet à un utilisateur de définir son moteur de recherche par défaut, est l'un des remèdes les plus anciens de la boîte à outils antitrust pour ce marché. L'analyse du projet SCiDA sur les réponses à la consultation a constaté que les parties prenantes restent nettement divisées sur le périmètre du dispositif, et Digiday a rapporté que la marge de manoeuvre dont dispose Google pour exempter AI Overviews d'une partie du processus ne laisse aux éditeurs aucun moyen sûr de se retirer de l'entraînement de l'IA et des fonctions de réponse sans risquer leur visibilité ailleurs dans les résultats de Google.
Pourquoi les éditeurs jugent qu'une inscription à égalité viderait le remède de son sens
Les éditeurs soutiennent que l'ajout des chatbots IA à l'écran de choix saperait précisément le mécanisme que le remède est censé protéger, car un chatbot qui répond directement à une question retient l'utilisateur dans sa propre interface au lieu de l'envoyer vers le site d'un éditeur, comme le fait une page de résultats de recherche classique. A Media Operator a rapporté que les associations d'éditeurs présentent ce risque autant comme une question de définition que de concurrence: un moteur de recherche, au sens où le remède de l'écran de choix du DMCCA a été conçu, est un service qui renvoie une liste ordonnée de liens, et non un service qui lit ces liens à la place de l'utilisateur pour en tirer une conclusion.
Les enjeux concrets, selon l'endroit où atterrissent les clics pour chaque choix de conception, sont résumés ci-dessous.
| Conception de l'écran de choix | Effet sur le trafic de référencement des éditeurs | Effet sur l'objectif initial du remède |
|---|---|---|
| Chatbots IA exclus | Le modèle de clics actuel est préservé, aucune nouvelle déviation liée à ce remède | Le remède reste centré sur la concurrence entre moteurs de recherche, comme prévu |
| Chatbots IA inclus à égalité | Certains utilisateurs adoptent un moteur de réponse par défaut, ce qui réduit les clics vers les liens au fil du temps | Le remède fait des chatbots IA des alternatives de recherche à part entière, un élargissement par rapport à sa conception initiale |
Le vrai débat: un chatbot compte-t-il seulement comme moteur de recherche
Derrière le différend sur l'écran de choix se cache une question bien plus difficile, à laquelle ce remède n'a jamais été conçu pour répondre: un chatbot IA est-il seulement un moteur de recherche au sens du droit de la concurrence. L'écran de choix a été conçu à l'époque des moteurs de recherche, quand la question concurrentielle portait sur le fournisseur de liens classés qu'un appareil utilise par défaut, et chaque hypothèse intégrée à ce remède, que les utilisateurs comparent les fournisseurs sur la pertinence et la rapidité, que les clics de référencement sont la monnaie à protéger, suppose une catégorie de produit qui répond en orientant, pas en répondant directement.
Quel que soit le sens de la décision de la CMA, elle aura sa propre conséquence. Exclure les chatbots préserve l'objectif initial du remède, mais ne ralentit en rien le déplacement de fond de l'attention des utilisateurs vers les moteurs de réponse IA, un mouvement déjà à l'oeuvre en dehors de l'écran de choix, via les AI Overviews de Google et des applications indépendantes. Les inclure revient à faire des chatbots IA une alternative à égalité avec la recherche sur la seule surface que les régulateurs contrôlent, ce qui pourrait accélérer précisément la fuite de trafic que les éditeurs redoutent déjà à cause d'AI Overviews, simplement par une autre porte. Aucune des deux options ne règle la question de fond; elle détermine seulement par quelle porte ce même changement de comportement passera en premier.
Pourquoi cet enjeu dépasse Google, et dépasse le Royaume-Uni
Ce conflit annonce un schéma que toute entreprise européenne ou britannique dépendant du trafic de référencement devrait s'attendre à revoir: un remède de concurrence bâti pour l'époque des moteurs de recherche, sommé en plein processus de classer une catégorie de produit nativement IA qu'il n'a jamais été conçu pour couvrir. L'affaire DMCCA britannique est la première à atteindre publiquement ce test de définition précis, mais elle ne sera pas la dernière, et tout opérateur qui compte sur un remède de l'époque de la recherche pour protéger son trafic devrait s'attendre à ce que le même conflit de classification touche bientôt son propre marché.
L'UE se heurte à une question analogue et non résolue au sein de son propre cadre applicable aux contrôleurs d'accès du Digital Markets Act, où les obligations des contrôleurs d'accès désignés ont elles aussi été rédigées en pensant à la concurrence entre moteurs de recherche et plateformes, pas aux moteurs de réponse IA; la Commission européenne n'a pris position ni sur la manière dont les chatbots IA s'y intègrent, ni même sur le principe, et le même vide de définition y demeure entier. Les éditeurs et autres entreprises dépendantes de la recherche dans l'UE devraient lire la future décision de la CMA comme un signal précoce de la manière dont un grand régulateur tranche la question, et non comme une réponse définitive pour leur propre juridiction.
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