Trois lettres d'intention, pas trois investisseurs
Le 30 juillet 2026, la Commission européenne a ouvert son appel pour jusqu'à sept gigafactories IA, et elle a révélé en même temps avoir signé des lettres d'intention avec Nvidia, AMD et Qualcomm comme partenaires matériels de lancement. Euronews, qui a rapporté ce détail en premier, a indiqué que ces accords font suite à l'accord commercial entre l'UE et les États-Unis et visent à garantir aux consortiums gagnants un accès fiable à des processeurs avancés. Aucune des trois lettres ne donne à Bruxelles de participation au capital, de siège au conseil d'administration ou de droit de regard sur la façon dont les trois entreprises répartissent leurs puces entre clients.
Cette distinction compte plus qu'il n'y paraît. Une gigafactory est d'abord un bâtiment: terrain, raccordement électrique, refroidissement, racks et périmètre de sécurité, plus la subvention publique qui aide à le financer. Les processeurs qui en font une gigafactory IA plutôt qu'un entrepôt continuent de venir d'entreprises basées aux États-Unis, qui vendent dans un carnet de commandes mondial que Bruxelles ne contrôle pas. La structure de financement de la Commission elle-même le reflète honnêtement: l'appel finance l'infrastructure, pas une industrie nationale de puces capable de rivaliser avec Nvidia.
Jusqu'à 30 milliards d'euros : ce qu'ils couvrent vraiment
La répartition publiée prévoit jusqu'à 10 milliards d'euros de fonds publics de l'Union européenne et des États membres, contre au moins 20 milliards d'euros de capitaux privés, ce qui débloque un programme que la Commission évalue à plus de 30 milliards d'euros au total. Environ deux tiers de cette somme doivent donc venir des investisseurs et de l'industrie, pas des contribuables.
La part publique est plus mince que ne le suggère le chiffre affiché. Euronews a rapporté que Bruxelles ne peut engager directement qu'environ 1 milliard d'euros pour l'instant; le reste de la contribution au niveau de l'UE devrait provenir du prochain Cadre financier pluriannuel, le budget septennal de l'UE que les États membres doivent encore négocier. Un programme de cette ampleur est annoncé avant que la totalité de son financement public propre ne soit assurée.
Dix-huit signent un pacte d'achats groupés, dix veulent un site, une veut y aller seule
Dix-huit États membres, Croatie, Tchéquie, Danemark, Estonie, Finlande, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Portugal, Slovaquie, Espagne et Suède, ont rejoint, selon la Commission, le mécanisme d'achats groupés qui accompagne l'appel gigafactories. C'est un mécanisme pour acheter ensemble de la capacité de calcul, pas une garantie qu'un site s'implantera sur leur territoire.
Euronews a par ailleurs rapporté que dix de ces États, Allemagne, Italie, France, Pologne, Tchéquie, Danemark, Finlande, Grèce, Portugal et Espagne, ont exprimé un intérêt explicite pour accueillir l'une des sept installations, et qu'environ 76 consortiums préliminaires avaient déjà approché la Commission avant l'ouverture formelle de l'appel. La France, présente dans les deux groupes, pencherait selon les informations publiées pour une candidature en solo plutôt qu'au sein d'un consortium multinational, un signe qu'au moins un grand État membre n'attend pas du modèle d'infrastructure partagée un meilleur service que d'agir seul.
La souveraineté que l'UE peut réellement offrir
Le mot gigafactory fait ici beaucoup de travail rhétorique, et il vaut la peine de préciser ce que souverain couvre dans ce programme et ce qu'il ne couvre pas. La Commission peut contrôler, et elle le fait, où un site est construit, quel réseau électrique national l'alimente, le droit de quelle juridiction régit les données qui y circulent, et qui peut concourir aux fonds publics pour le construire. Ce ne sont pas des détails mineurs: la résidence des données et l'autorité de délivrance des permis sont exactement ce qu'infrastructure souveraine signifie dans les programmes numériques de l'UE depuis des années.
Ce que la Commission ne peut pas offrir en signant un document d'appel d'offres, c'est une alternative européenne au silicium de Nvidia, AMD ou Qualcomm, parce qu'une telle alternative n'existe pas encore au volume ou à la performance dont ce programme a besoin. Les lettres d'intention sont la reconnaissance honnête de cet écart, pas un moyen de le masquer. Ce n'est pas une critique propre à Bruxelles; presque aucun gouvernement en dehors des pays qui conçoivent les accélérateurs IA de pointe ne peut aujourd'hui revendiquer une souveraineté sur les puces. Cela signifie néanmoins qu'un programme vendu autour de la souveraineté est, sur le plan matériel, une relation client avec trois fournisseurs américains, logée dans du béton appartenant à l'UE.
Ce qui change pour un acheteur de calcul de l'UE, et quand
Rien ne change avant la clôture de l'appel le 12 novembre 2026. La Commission prévoit d'annoncer les consortiums gagnants début 2027, avec un début de construction sur les premiers sites la même année, et les installations devront entrer en service au plus tard 18 mois après la signature de leurs contrats, ce qui situe une mise en service entre le milieu de 2027 et 2028 selon la date d'attribution de chaque site.
Même une fois un site en service, l'accès ne sera pas un service public. La capacité sera allouée par le consortium gagnant ou la société ad hoc, selon ses propres conditions commerciales, aux clients et aux cas d'usage qu'elle choisit de privilégier, dans une installation dont les puces continueront de dépendre d'un approvisionnement constant en Nvidia, AMD ou Qualcomm. Une entreprise qui planifie sa stratégie de calcul autour de ce programme devrait considérer 2028 comme la date réaliste la plus proche pour une capacité disponible, et devrait encore s'attendre à négocier son accès comme elle le ferait avec n'importe quel autre fournisseur cloud ou de colocation, pas comme un droit acquis du simple fait d'être européenne.
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