Une barre de recherche, huit jours trop tôt

Huit jours avant que Volkswagen et Rivian annoncent au monde la création d'une coentreprise, l'un des ingénieurs au courant a tapé une expression dans une barre de recherche: délai de prescription du délit d'initié. Ce détail figure dans un acte d'accusation rendu public le 24 juillet par le parquet fédéral du Southern District of New York, qui relève également qu'un proche du second ingénieur a cherché, en allemand, comment le délit d'initié est poursuivi.

Il est reproché aux deux hommes, Michael Stamp et Marcus Plank, tous deux domiciliés à San Jose, d'avoir acheté des actions et des options Rivian après avoir appris que leur employeur préparait une coentreprise avec le constructeur, désignée en interne sous le nom de projet Climb, et avant toute annonce publique. Le titre Rivian a progressé de 23 pour cent lorsque l'accord a été dévoilé le 25 juin 2024. Le parquet évalue les gains cumulés à plus de 300 000 dollars, environ 250 000 pour Stamp et 50 000 pour Plank, auxquels s'ajoutent quelque 12 000 pour un proche. Tous deux ont été arrêtés et doivent comparaître devant un tribunal fédéral en Californie, et tous deux risquent jusqu'à 25 ans en cas de condamnation pour fraude sur les titres. Ce sont des accusations, et aucun des deux n'a été jugé.

La réponse de Volkswagen a été brève et, au regard des faits reprochés, justifiée: la procédure vise des personnes précises et ne comporte pas d'accusations contre l'entreprise. C'est précisément pour cela que l'affaire mérite l'attention d'un dirigeant. Rien ici n'a exigé un manquement éthique de l'entreprise. Il a suffi d'un trou dans une liste.

Le nom de code était un contrôle de confidentialité, pas un contrôle boursier

Le projet Climb a fait son travail. L'accord n'a pas fui, le marché n'a pas bougé avant l'annonce, et le bond de 23 pour cent du 25 juin 2024 prouve que le secret a tenu jusqu'au moment où il devait cesser. Un nom de code protège une opération des concurrents, des journalistes et des bavardages internes. Il ne fait absolument rien contre l'achat d'actions par ceux qui se trouvent à l'intérieur du nom de code.

Voilà le problème structurel. Les listes de restriction d'opérations se construisent presque toujours à partir de l'organigramme et de la composition de l'équipe de transaction. Direction, finance, juridique, relations investisseurs, développement d'entreprise. Les ingénieurs mobilisés pour évaluer l'architecture du véhicule et l'intégration logicielle ne figurent, dans la plupart des entreprises, sur aucun de ces documents. Ils reçoivent le nom de code, le périmètre technique et un accord de confidentialité, puis retournent travailler avec une information privilégiée sans aucune restriction attachée à leur nom.

Pour une société européenne cotée, ce n'est pas seulement une bonne pratique. En vertu du règlement européen sur les abus de marché, et de son équivalent britannique, un émetteur doit tenir une liste d'initiés couvrant toutes les personnes ayant accès à une information privilégiée, mise à jour au fil des ajouts. L'obligation existe déjà. Le point de rupture n'est pas l'absence de règle, c'est une liste tenue par une fonction juridique ou de conformité qui ne voit jamais le calendrier des réunions techniques.

Deux années de silence ne valaient pas quitus

Le chiffre le plus utile dans cette affaire n'est pas les 300 000 dollars. C'est l'écart entre juin 2024, date de l'annonce de la coentreprise, et juillet 2026, date de la publication de l'acte d'accusation. Pendant environ deux ans, une entreprise présentant une véritable faille de contrôle n'a reçu aucun signal indiquant que quelque chose avait mal tourné, parce que le signal ne vient pas de l'intérieur. Il vient d'une autorité qui reconstitue bien plus tard les relevés d'opérations.

Ce calendrier démonte la forme la plus courante de réassurance, à savoir que rien ne s'est produit jusqu'ici. Dans cette catégorie de défaillance, le fait que rien ne se produise est l'état normal jusqu'à ce qu'une accusation apparaisse, et les années de silence intermédiaires ne renseignent en rien sur la solidité des contrôles.

La coentreprise elle-même n'a fait que gagner en importance entre-temps. L'engagement initial de Volkswagen de 5 milliards de dollars, débloqué par étapes, est passé depuis à 5,8 milliards, et Volkswagen est aujourd'hui le premier actionnaire de Rivian. Plus le programme est vaste, plus le personnel technique y circule, et chacun arrive avant les documents.

Ce qu'il faut changer avant le prochain lancement de diligence

Le correctif est administratif et peu coûteux, et c'est pourquoi il n'est pas fait. Faites de la réunion d'information, et non de l'annonce, le déclencheur de la liste de restriction. Celui à qui l'on confie le nom de code entre le jour même sur la liste, avec la date et le motif. Ce seul changement d'ordre referme l'essentiel de l'exposition observée ici.

Faites ensuite la comparaison, car c'est l'audit le plus rapide à votre portée. Placez la liste d'initiés à jour à côté de la composition de l'équipe de diligence et des invitations d'agenda des ateliers techniques. Si ces documents ont été produits par des équipes différentes, ce qui est presque toujours le cas, les noms ne correspondront pas, et chaque écart correspond à une personne détenant une information privilégiée sans restriction.

Enfin, déplacez l'avertissement là où il sera lu. Un paragraphe de droit boursier dans un manuel de conformité n'est pas le document qu'un ingénieur ouvre le premier jour d'un atelier de diligence. L'accord de confidentialité, lui, l'est. Inscrivez-y la restriction, en langage clair, avec la consigne précise de ne pas opérer sur les titres des deux sociétés, et faites-la reconnaître par écrit avant de partager le périmètre technique.