Le studio qui n'arrête pas de faire grève

Le 1er septembre, environ la moitié du personnel d'Ubisoft Mobile Barcelona, une quarantaine des quelque cent salariés du studio, a cessé le travail et s'est rassemblée devant les bureaux. La section jeu vidéo de la CGT, la Coordinadora Sindical del Videojuego, avait appelé à cette journée comme premier jour d'une campagne illimitée: trois jours de grève toutes les deux semaines, le prochain tour étant fixé aux 16, 17 et 18 septembre. Le déclencheur a été un décret de l'entreprise mettant fin au régime hybride actuel, qui garantit trois jours de télétravail par semaine, pour le remplacer par cinq jours au bureau à partir du 1er janvier 2027.

Les salariés ne demandent pas davantage de jours de télétravail que ceux qu'ils ont déjà. Ils demandent que les jours qu'ils ont déjà restent écrits, et non révocables par une simple note de direction. "Nous voulons une véritable négociation et nous voulons que le télétravail redevienne un droit protégé", a déclaré le syndicat: une négociation réelle, et le télétravail protégé comme un droit, pas comme une faveur révocable.

Un report n'est pas une réponse

Depuis l'annonce de la grève début août, Ubisoft n'a fait exactement qu'un seul geste: repousser de trois mois la date d'entrée en vigueur, d'octobre 2026 à janvier 2027. L'entreprise l'a fait sans ouvrir la moindre discussion avec les représentants du personnel, selon les informations du média espagnol elDiario.es. Les représentants du personnel, informés de la grève dès août, disent attendre toujours que la direction s'asseye réellement à la table.

Une date de démarrage plus tardive ne change rien à ce que contestent les salariés, à savoir la décision elle-même, prise unilatéralement puis défendue par le silence plutôt que par une contre-proposition. Repousser une échéance se lit, pour un syndicat qui observe le prochain geste de l'entreprise, davantage comme gagner du temps que comme une remise en question, et cette même posture, prolongée de trois mois, est exactement ce qui a fait apparaître six nouvelles journées de grève au calendrier.

Une entreprise, quatre villes, un seul scénario

Ce n'est pas le premier conflit social chez Ubisoft Barcelone cette année, et ce n'est même pas le premier dans ce studio précis. En mai 2026, une directive paneuropéenne d'Ubisoft sur le retour au bureau avait déclenché un débrayage impliquant environ 1 200 salariés sur l'ensemble des sites de l'entreprise. En juin et juillet, le studio principal d'Ubisoft Barcelone avait fait grève séparément contre 51 licenciements proposés, un conflit que Servola avait suivi à l'époque. La grève illimitée de septembre sur le télétravail est une troisième action, distincte, dans la même ville, en l'espace de quatre mois.

Ce qui rend ce cas différent, c'est la coordination: la campagne de la CGT est calée sur des syndicats frères dans les sites Ubisoft de Lyon, Milan et Dusseldorf. Une concession qu'Ubisoft accorde, ou refuse, dans une ville devient désormais un levier visible que les autres peuvent invoquer chez eux. Appliquer le même scénario, annoncer d'abord, ne jamais négocier, repousser sous la pression, simultanément sur quatre marchés de l'UE signifie que chaque répétition apprend à chaque site restant ce qu'il faut attendre ensuite.

Ce que cela signifie pour un employeur dans l'UE

L'Espagne traite un accord écrit de télétravail comme une condition d'emploi négociée, non comme un avantage qu'un employeur peut retirer par une simple annonce. C'est précisément cet écart que la réponse d'Ubisoft n'a pas comblé: repousser la mise en oeuvre est un acte administratif, tandis que la revendication des salariés est un acte de négociation, et seul le premier s'est produit ici. Tout employeur qui envisage un retour au bureau obligatoire dans plusieurs juridictions de l'UE observe une démonstration en direct de ce qu'une stratégie de report sans négociation rapporte réellement, ce qui, au vu des faits, est une piste plus longue vers la même confrontation, pas sa résolution.

La leçon plus large dépasse largement les studios de jeux vidéo. Là où les conditions de télétravail figurent dans un accord écrit et négocié collectivement, que ce soit en Espagne, en France, en Italie ou en Allemagne, les révoquer par une note provoque exactement la réponse qu'Ubisoft gère désormais simultanément dans quatre villes: des grèves qui ne cessent pas tant que la négociation que la mesure cherchait à éviter n'a pas finalement lieu.

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