Deux jeux de baux, un seul chiffre
Core Scientific et AMD ont annoncé le 28 juillet qu'AMD s'était assuré plus de 500 mégawatts de capacité de centres de données aux États-Unis, avec la possibilité de monter jusqu'à 2,5 gigawatts. Le communiqué cite Mathew Hein, senior vice-président et directeur de la stratégie pour le développement de l'entreprise chez AMD, ainsi qu'Adam Sullivan, directeur général de Core Scientific. Il ne dit pas qui a signé quoi.
Le formulaire 8-K déposé le même jour le dit. Au point 7.01, Core Scientific révèle deux ensembles distincts de baux, tous deux conclus le 27 juillet: les AMD Leases, portant sur 377 mégawatts de capacité informatique critique à Pecos (Texas), Muskogee (Oklahoma) et Hunt County (Texas), et les Neocloud Leases, portant sur 152 mégawatts à Auburn (Alabama) et Dalton Phase 3 (Géorgie), signés par un neocloud qui n'est pas nommé.
Les deux chiffres sont exacts. Un seul correspond au bail d'AMD. Le communiqué les additionne et attribue le total au nom d'AMD: c'est ainsi qu'un bail de 377 mégawatts devient un titre de 500.
Les 152 mégawatts qu'AMD ne loue pas
Le dépôt explique pourquoi les deux blocs voyagent ensemble. Core Scientific, le neocloud et AMD ont chacun conclu un Credit Support Agreement pour chaque bail du neocloud. Il institue des protections pour le matériel d'AMD entreposé dans les locaux loués par le neocloud, accorde à AMD le droit, mais non l'obligation, de remédier à certains manquements, et fixe les droits et obligations d'AMD en cas de défaillance substantielle du preneur.
Il faut lire ces trois clauses dans cet ordre. Le matériel d'AMD sera installé dans des salles louées par une société qu'AMD ne contrôle pas, en vertu d'un bail qu'AMD n'a pas signé, et AMD s'est offert la faculté de régler les arriérés de cette société plutôt que de perdre l'accès à ses propres machines. L'accord prend fin au premier des événements suivants: l'expiration du bail, certaines circonstances liées à l'insolvabilité ou à la défaillance du neocloud, ou quinze ans.
Cette dernière clause mérite qu'on s'y arrête. La protection est rédigée pour s'éteindre précisément lors de l'événement qui la rendrait nécessaire. AMD a signé des baux directs pour la capacité dont elle a besoin et assumé une obligation conditionnelle sur celle qu'elle voulait voir comptabilisée.
Un bon calibré sur une capacité que personne n'a signée
Core Scientific a émis au profit d'AMD un bon de souscription portant sur 30 millions d'actions au maximum, à 23,47 dollars, soit le cours moyen pondéré par les volumes des cinq séances précédant la signature. Il court jusqu'au 27 juillet 2031 et s'acquiert à raison de 12 222 actions par mégawatt de charge informatique critique prévue aux baux. Environ 6,5 millions d'actions ont été acquises dès la signature.
Divisez le bon par son propre rythme d'acquisition. Trente millions d'actions à 12 222 par mégawatt représentent environ 2 455 mégawatts. Les 529 mégawatts signés le 27 juillet, augmentés des 1 925 mégawatts qu'AMD détient au titre d'un droit de réservation de capacité jusqu'au 28 décembre 2028, donnent 2 454. Les titres ont été calibrés sur le plafond de l'option, et non sur les baux.
Deux autres chiffres découlent du même document. À 12 222 actions par mégawatt, 6,5 millions de titres acquis correspondent à 529 mégawatts: AMD a donc gagné près de 1,86 million d'actions sur les 152 mégawatts du neocloud, au titre d'un bail qu'elle n'a pas signé. Et 30 millions d'actions rapportées aux quelque 508 millions de titres pleinement dilués figurant dans la présentation trimestrielle de Core Scientific représentent environ 5,9 pour cent de la société.
Rien n'ouvre avant 2027, et rien ne se trouve en Europe
La présentation du deuxième trimestre de Core Scientific, jointe en annexe 99.2 au même 8-K, date les salles. Pecos et Auburn sont prévus pour le premier semestre 2027, Dalton et Muskogee pour le second semestre 2027, Hunt County pour le premier semestre 2028, les 530 mégawatts complets étant livrés d'ici la fin 2028.
Rapprochez ce calendrier du droit de réservation, qui expire le 28 décembre 2028. AMD doit se prononcer sur les 1 925 mégawatts supplémentaires au trimestre même où la première tranche s'achève, ce qui signifie que la décision d'extension se prend sur des sites en service depuis des mois et non depuis des années.
La même présentation montre la concentration. CoreWeave détient environ 590 mégawatts, le bloc AMD et neocloud environ 530, et l'entreprise décrit un peu plus d'un gigawatt de capacité contractualisée au total. Deux relations couvrent la quasi-totalité, réparties entre des installations en Alabama, Géorgie, Kentucky, Caroline du Nord, Dakota du Nord, Oklahoma et Texas. Sept États et aucun site européen, alors même que Marseille est devenue l'une des portes d'entrée majeures du trafic de données en Europe.
Ce qu'il faut demander quand un fournisseur parle de capacité sécurisée
Les acheteurs européens croiseront cette opération de seconde main, en réunion d'achats, comme preuve que la capacité AMD est désormais disponible à grande échelle. Mieux vaut être précis sur ce qui a été contractualisé. Une durée de quinze ans assortie de trois options de cinq ans est un engagement sérieux. Un droit de réservation qui expire fin 2028 est un autre instrument, et le total d'un communiqué n'est ni l'un ni l'autre.
Posez trois questions écrites au fournisseur. Quelle entité juridique a signé le bail de la capacité proposée. Quand cette salle précise est-elle mise sous tension, par semestre et non par année. Et si le preneur n'est pas le fournisseur dont le logo figure sur la proposition, qu'advient-il de votre charge de travail le mois où ce preneur manque une échéance.
Rien de tout cela n'affaiblit l'opération. Core Scientific a signé la plus grosse tranche de son histoire et AMD s'est acheté une marge de manoeuvre à un prix dont elle peut se retirer. Cela veut simplement dire que le chiffre qu'on vous citera en 2026 décrit 2028, et décrit le Texas.
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