Une interdiction censurée sur sa conception, pas sur son principe
Le Conseil constitutionnel français n'a pas dit aux parlementaires qu'une limite d'âge pour l'accès aux réseaux sociaux est inconstitutionnelle. Il leur a dit, précisément, pourquoi celle-ci l'était: la décision 2026-911 DC a relevé que l'interdiction générale de la loi s'appliquait a chaque service concerné sans distinguer entre eux selon la fonction, le contenu ou un risque réellement établi pour ce service particulier, et sans aucun mécanisme d'appréciation parentale dans un cas individuel. Selon le critère du Conseil, les restrictions a la liberté de communication protégée par l'article 11 de la Déclaration de 1789 doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées; une règle qui traite de manière identique une plateforme vidéo et une application de messagerie, sans échappatoire pour le jugement d'une famille précise, ne franchit pas cette barre.
Le second défaut est distinct et, pour les autres gouvernements qui observent, plus instructif: l'exigence de vérification d'âge de la loi manquait de garanties légales adéquates pour les données personnelles, et son effet pratique, selon les propres termes du Conseil, était que l'interdiction pouvait s'appliquer a des services dont les risques pour cette tranche d'âge n'avaient pas été établis, tout en exigeant que chaque utilisateur, adulte ou mineur, prouvé son âge pour y accéder. Une loi peut échouer sur des motifs de proportionnalité et de vie privée indépendamment, et celle-ci a échoue sur les deux a la fois, ce qui explique pourquoi la décision se lit moins comme un rejet de la politique que comme une liste des deux choses qu'une réécriture doit corriger.
La France a déjà la solution dans son propre programme pilote
La garantie de vie privée que le Conseil a jugée absente n'est ni hypothétique ni inachevée. La France fait partie des sept Etats pionniers de l'Union européenne, aux cotes du Danemark, de la Grece, de l'Italie, de l'Espagne, de Chypre et de l'Irlande, qui pilotent la propre application de vérification d'âge de la Commission européenne, conçue spécifiquement pour confirmer qu'un utilisateur atteint un seuil d'âge sans révéler son identité a la plateforme qui effectué la vérification, en s'intégrant aux portefeuilles EUDI nationaux. C'est la même catégorie de garantie légale pour les données personnelles que la décision du Conseil dit manquer a la loi censurée.
Rien dans la couverture publique de la loi qui vient d'être censurée n'indique qu'elle ait été conçue autour de cette infrastructure pilote. La France dispose désormais a la fois de la décision constitutionnelle qui précise ce qu'il faut a un mécanisme de vérification d'âge conforme, et d'un pilote actif d'un outil conçu exactement pour cette spécification, fonctionnant en parallèle plutôt que reliés. Le mandat du premier ministre Lecornu de produire un remplacement juridiquement solide d'ici le printemps 2027 est, en effet, un mandat pour relier les deux.
Tout autre pays qui rédigé cette loi vient de recevoir un memo juridique gratuit
La France ne légiférait pas isolement. Au moins une douzaine de pays européens, dont le Royaume-Uni et la Norvege, ont adopté ou étudient activement des limites d'âge minimales pour les réseaux sociaux, et la Grece rédigé séparément sa propre interdiction totale pour les moins de 15 ans. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré en mai 2026 que l'UE pourrait envisager ses propres exigences d'âge minimal et un possible mécanisme de retardement pour les utilisateurs plus jeunes au niveau des plateformes.
Chacun de ces efforts dispose désormais d'un test juridique public et contraignant sur lequel se caler, gratuitement, parce que la France a essayé la première et a échoue pour des motifs précis et nommés, non sur la politique sous-jacente. Une interdiction générale sans différenciation selon le risque du service, ou un mécanisme de vérification d'âge sans garanties de vie privée adéquates, est désormais un moyen documenté d'échouer devant un contrôle constitutionnel dans au moins un État membre de l'UE, et tout gouvernement qui rédigé une législation similaire en ignorant ces deux leçons choisit de répéter une erreur déjà tranchée.
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